portrait
diffusé sur mensomadaire
Hoodie
(Source: youtube.com)
Vous rêvez d’un monde meilleur ?

Yoweri Museveni et le président américain Ronald Reagan, en octobre 1987, à la Maison Blanche.
Je rêve moi d’un monde qui serait moins guidé par l’émotion que par un regard froid et cynique. Un monde où le regard brillant sur le visage buriné d’une petite vieille tendant la main assise sur le trottoir ne l’emporterait pas sur celui vitreux du poivrot pathétique affalé sur le sol grommelant sa rage devant sa bouteille renversée. Un monde où l’on ne verrait pas le ventre gonflé de malnutrition de l’enfant famélique africain mais plutôt les causes politiques de la famine, sa géographie, son histoire. Un monde où l’émotion servant de montagne russe pour pimenter un quotidien lassant, cèderait la place à une analyse durable. Un monde où cette vidéo ne ferait pas 50 000 000 de vues.
http://www.youtube.com/watch?v=Y4MnpzG5Sqc&feature=player_embedded
Le but de ce documentaire est de rendre Joseph Kony « célèbre ». Il nous montre que notre monde est vraiment cool depuis qu’il y a internet. Mamie peut envoyer des vidéos à sa petite fille. Le petit fiston peut faire rire la terre entière. Ce monde dans lequel est né le fils du réalisateur Jason Russell. Il y a une ombre dans ce tableau qui vient tout gâcher. Cette ombre c’est Joseph Kony. Il est le responsable de ces images d’enfants noirs à moitié dénudés entassés dans un dortoir de fortune. Il est responsable des larmes de Jacob, l’ami de Jason. Il casse l’ambiance bon enfant qui règne sur les réseaux sociaux ce Kony. Et il se bat Jason, pour supprimer ces images du monde de Facebook. Et il a trouvé des renforts de poids, Puff Daddy et Rihanna.
Alors face à ce dégoulinement de bon sentiment, mon réflexe est de contextualiser le buzz. Il semble que ce Joseph Kony est le chef d’une rébellion. C’est donc qu’il y a une rébellion. Quelques recherches sur le net pour se rafraîchir la mémoire et voilà ce que l’on trouve. Joseph Kony est recherché par la CPI pour enlèvements d’enfants, pratique de l’esclavage et massacres de civils. Ok, il correspond donc à l’image de salaud du film.
Ensuite le pays, l’Ouganda, tristement célèbre pour être le pays du « dernier roi d’Ecosse », le fou furieux Amin Dada. Depuis, son président est Yoweri Museveni. Il a gagné après la chute de Kadhafi et de Moubarak le titre de dirigeant africain en poste depuis le plus longtemps. Il a su mater les révoltes et étouffer les scandales de corruption. Sa page wikipédia nous informe sur ce personnage absent de la vidéo de Jason. « D’abord guidé par les principes économiques marxistes qui s’avèrent être un échec, il change de stratégie et fait de l’Ouganda le “bon élève du FMI” en suivant les recommandations de l’institution financière, avec des résultats plutôt positifs. »
Il fut au cœur d’un conflit entre Kabila, Mobutu, et Bemba. Tous trois dotés d’un joli CV dans les dossiers de la Justice internationale. Tous trois faisant rimer crimes sexuels, crimes de guerre et crimes contre l’humanité avec pillages des ressources et dictature. Tous trois tour à tour rebelles ou dirigeants.
Enfin, les Etats-Unis, pourquoi s’intéressent-ils à Jacob, le pote de Jason ? En fait, ils n’ont pas attendu le film du réalisateur. En mai 2010, le Congrès des Etats Unis votent la Lord’s Resistance Army Disarmament and Northern Uganda Recovery Act of 2009, relative au désarmement de la LRA, le mouvement de Joseph Kony.
Le 14 octobre 2011, Barack Obama annonce l’envoi d’une centaine de conseillers militaires en Ouganda et dans la région. L’objectif est la capture du diable de la vidéo de Jason. Oui, un diable, car il est clairement question de réseaux évangélistes derrière le soutien américain au président Ougandais. Mais comme les choses de l’esprit ne sont jamais bien éloignées de celles de la nature. La découverte de champs de pétrole à proximité du lac Albert n’est pas étrangère à l’intérêt suscité par l’Ouganda. Oui, ce lac, le plus poissonneux du monde, séparant l’Ouganda du Congo, tire son nom d’Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, vestige de l’époque coloniale. Outre sa richesse en minerais et ressources naturelles, l’Ouganda joue un rôle central dans cette zone de concurrence avec les USA, la Chine et l’Europe. Les Américains s’appuient sur trois points stratégiques la Centrafrique, le Sud Soudan et l’Ouganda.

Un accord a été signé en janvier 2012 par les pouvoirs sud-soudanais et kenyan sur la construction d’un oléoduc, allant du Soudan du Sud au port de Lamu au Kenya et qui devrait traverser l’Ouganda.
Alors ce diable de Joseph Kony est un diable bien utile. Un méchant qui torture des enfants, ça mérite bien quelques dommages collatéraux. Et cette vision manichéenne du monde ne rendra pas le Congo au Congolais. Toutes tentatives de contextualisation resteront lettres mortes, le mal est fait, des millions de vues imprimées dans les rétines. Jason Russell me fait penser à Charles Marlow, le personnage du livre de Conrad. Je l’imagine écrire “À cette époque, il y avait pas mal d’espaces blancs sur Facebook ”. Sur celui du Congo, il a accolé les images de Joseph Kony, de Jacob et la sienne.
Si vous voulez voir un autre film sur la région, je vous conseille celui de Thierry Michel :
http://www.youtube.com/watch?v=Dbfq1PV6Gmo
Vous n’en sortirez pas moins triste mais peut être plus lucide.
Thod
Tony, 51 ans, gitan, ancien braqueur, dans la Série de photos “ Le Fn, tel qu’il est” de France KEYSER
http://www.myop.fr/fr/serie/france-keyser-le-fn-tel-qu-il-est
Aujourd’hui, à le voir faire les honneurs de sa villa avec piscine, installée sur les hauteurs de Marseille dans un village où Pagnol a tourné la plupart de se films, on pense à une scène de « Scarface ». Pourtant, depuis qu’il a renoncé aux braquages, au racket et aux règlements de comptes en tous genres, Tony a muri. Une vingtaine d’années de prison lui ont mis du plomb dans la cervelle, à défaut de l’avoir remis tout à fait sur le droit chemin. Marié, père de 9 enfants et grand-père, l’ancien malfrat, fiché au grand banditisme, s’apprête même à voter pour la première fois de sa vie «Les gars qui ont grandi à la Belle de Mai, forcément, sont plutôt de gauche. C’est dans notre tempérament. Même si je gagnais beaucoup d’argent, je ne saurais pas être de droite », rigole-t-il. Pourtant c’est Marine Le Pen qui aura sa voix. Un choix très assumé, même auprès de ses copains truands, héritiers dun vieux brassage multi-culti. « C’est par rapport à mon milieu. Ce qui se passe à Marseille, ça fait peur. Les jeunes, aujourd’hui, ils sont dingues. Ils ne respectent aucune règle et flingue une mamie pour 20 euros ». L’ancien collègue de Francis Le Belge avoue que dans ses jeunes années, lui non plus ne sortait jamais sans être armé, même pour aller acheter des clopes. Résultat : 8 balles dans le corps. « Je me souviens aussi d’avoir eu 25 ans et de ne pas avoir eu peur d’avoir peur » admet-il. Qu’importe. Tony, qui serait passé à la guillotine si le Front national avait été au pouvoir dans les années 80, se dit que la peine de mort peut dissuader les bébés braqueurs de défourailler trop vite: « Ça peut filer un coup d’arrêt à certains jeunes. Il faut qu’ils aient peur, il faut qu’il y ait des règles » Et de la justice. En sortant de prison, Tony se souvient être allé faire un tour à Carrefour, du liquide plein les poches, et d’avoir croisé un couple de trentenaire, elle tenant des jumeaux par la main et remplissant le caddie, lui, en bleu de travail, la suivant une calculette à la main. « Ca m’a fendu le cœur. J’ai fait des conneries, j’ai pas bossé pendant 30 ans, et je m’en sors bien. Eux, ils comptaient… ». Tony, qui a décroché deux licences en prison, -philosophie et psychologie- se sent révolutionnaire : « Je veux que le système change. Il faut aider les vrais français, quelle que soit leur couleur, à s’en sortir ». Il mise tout sur Marine. « Son père m’a toujours fait peur, il a l’air d’un furieux, mais elle est plus douce, plus censée. Elle a plus de recul ». Si elle n’est pas au deuxième tour, il votera blanc, parce que « Sarko est un charlot » et qu’ « Hollande dort debout ». // Réf. myop_keyf_s1377_59492.jpg
Quand Sarkozy rencontre Magritte
Mozart aurait sans doute préféré rencontrer le génial Adama Dramé que l’insignifiant Luc Ferry
(Source: youtube.com)
We are Legion by time Warner
Comment le masque des « Indignés » et des Anonymous enrichit la Warner
Click here for a classic David Simon Interview about The Wire
#Spoil Inside. For those who have saw all seasons of the Wire, a classic David Simon interview talking about the show.
#VANDAL via
@maelstrom_mag
Quand Bourdieu photographiait l’Algérie coloniale
Une fois utilisées comme support d’étude, Pierre Bourdieu a rangé ses images dans un carton où elles sont restées quarante ans. Il les a ensuite confiées à un ami sociologue, Franz Schultheis (qui préside aussi la Fondation Pierre Bourdieu inaugurée en 2005 à Genève). Elles furent montrées pour la première fois en 2003 à L’Institut du Monde Arabe à Paris, quelques mois après la mort du célébre sociologue. Franz Schultheis raconte que Bourdieu rechignait à exposer ses photos “par peur d’être taxé de vouloir faire l’artiste. Mais il les regardait souvent, comme on regarde un trésor. Ces images reflétaient une période de sa vie et racontaient la relation très forte qu’il entretenait avec l’Algérie”. C’est de ces années algériennes que date son engagement politique mais aussi son choix pour la sociologie et quelques-unes de ses pensées fortes telles que la domination sociale. Bourdieu avait en effet rapproché celle qu’exerçait le pouvoir colonial sur les communautés paysannes et celle de l’Etat national sur la paysannerie de son Béarn natal. Son séjour algérien lui permit ainsi de se réconcilier avec ses origines : ” Le regard d’ethnologue compréhensif que j’ai pris sur l’Algérie, j’ai pu le prendre sur moi-même, sur les gens de mon pays, sur mes parents, sur l’accent de mon père, de ma mère et récupérer tout ça sans drame, ce qui est un des grands problèmes de tous les intellectuels déracinés”. http://www.francetv.fr/culturebox/quand-bourdieu-photographiait-lalgerie-coloniale-75243

